Le Gallo et les langues celtiques

Le Gallo et les langues celtiques

4ème de couverture

Claude CAPELLE

Bretagne Gallèse, Études et Recherches Gallèses

0222-6359

Ce travail de Claude Capelle sur le gallo et les langues celtiques a été mené à bien grâce à une aide de la mission du patrimoine ethnologique du ministère de la Culture qui a retenu le projet d’opération “appartenance bretonne et identité gallèse” parmi les réponses à son appel d’offres lancé sur le thème “appartenance régionale et identité culturelle”.

On trouvera en annexe la définition et le contenu de cette opération de recherches actuellement en cours dont le programme de travail prévoit un recensement bibliographique. Précisément, Claude Capelle s’est attaché ici à présenter, et à faire suivre de remarques critiques, les études sur le gallo et les langues celtiques parues en 1881 et 1982.

De l’article d’Emile Ernault sur les “mots et expressions celtiques dans le gallot des Hauts-Bretons” au compte rendu de la conférence du professeur Léon Fleuriot publié dans le premier numéro des Cahiers du Lerg, la moisson d’études et de mots est finalement peu abondante, mais elle démontre aussi la nécessité et l’intérêt d’associer de plus en plus étroitement les études sur le breton “langue britto-celtique” et les études sur le gallo "langue britto-romane".

Les recherches en cours, par exemple dans le Penthièvre et le Porhoët, montrent qu’il reste beaucoup à collecter et à étudier, en particulier dans la zone proche de l’actuelle limite linguistique, qui va de Plouha à la presqu’île de Rhuys.

Le professeur Léon Fleuriot dans son étude de l’expression “quante : avec” reproduite ici avec son autorisation, montre magistralement qu’il est possible d’aller scientifiquement du “gallo au celte”, pour reprendre l’expression de la poétesse Angèle Vannier, aux yeux de laquelle la Basse-Bretagne n’avait pas le monopole des mythologies celtiques.
Précisément, l’action de recherche et de promotion du gallo, qui peut désormais être pris en option facultative au baccalauréat, n’est pas pour plaire à certains nationalistes bretons simplificateurs qui s’en tiennent au schéma : un peuple-un état-une seule langue, et pour qui ne compte qu’une celtie réduite et exclusive. Refusant au gallo le statut de langue, ces détracteurs ne l’ayant jamais étudié ne voient en lui au mieux qu’un dialecte, au pire que du français.

Dans la préface qu’il a rédigée pour ce travail, le professeur Léon Fleuriot refuse, à juste titre, de céder à ce travers bien français de la polémique sur la terminologie et il invite à quitter le choc des mots pour le poids des études.

Originaire de Normandie mais établi en Bretagne Gallèse depuis près de trente ans, Claude Capelle prouve par cette présentation de la question du gallo et des langues celtiques que les premières approches ne datent pas d’aujourd’hui, ce qu’ignore la majorité de ceux qui bagoulent, et qu’il reste beaucoup à faire. Professeur de français et de gallo au Collège Beaumanoir de Ploërmel, il ne s’est pas contenté de recenser et d’analyser les études déjà publiées, et son essai sur les appellations de la digitale et de la serfouette sur les bords de l’Oust, publié en annexe, est un modèle qui devrait inspirer de nombreuses autres enquêtes sur le terrain. Je partage aussi pleinement sa conclusion qui est une réponse à ceux qui ne se sont intéressés, ne s’intéressent et ne s’intéresseraient au gallo, que dans la mesure où il a eu des rapports avec les langues celtiques :

“Que ses racines soient gauloises, romanes ou bretonnes, le gallo est l’une des deux langues de la Bretagne et, à ce seul titre, mérite considération.”

C’est ce qu’avaient bien compris le professeur Léon Fleuriot qui avait accepté de diriger le Laboratoire d’Études et de Recherches Gallèses, lancé dans la conjoncture favorable du début des années quatre-vingt, afin de soutenir nos efforts pour arracher le gallo du ghetto du patoiseries et de sortir de l’impasse du dialecte.

On comprendra donc aisément que ce travail de Claude Capelle soit dédié tous spécialement à la mémoire de Léon Fleuriot, brutalement enlevé à la vie et à ses recherches et publications inachevées avant la parution de cet ouvrage dont il avait suivi la genèse et qu’il avait préfacé après une lecture attentive.

Gilles Morin

Décembre 1988.